PAR
: LE GUIDE VERT MICHELIN.
Le
peintre de l’ILE DE SEIN
Didier-Marie
LE BIHAN - Tout au bout de l’île, dans l’ancienne
usine à crabes, un peintre d’un autre âge a décidé
de vivre libre et hors du temps. Didier-Marie LE BIHAN peint des petits
bijoux de natures-morts, parfois teintées de surréalisme,
en jouant des glacis et clair-obscur, comme ses grands maîtres,
les Flamands. La porte de son atelier est souvent grande ouvert, même
s’il n’a rien à vendre, hormis quelques gravures
ou reproductions.
Guide vert MICHELIN. Les plus belles île du littoral français.
|
|
| |
PAR
: FRERE ABEL TOUZET
Didier
Le Bihan peint dans le cadre qu'il aime.
En
ce XXIème siècle, il reste peu de terres vierges à explorer.
L' homme un peu partout, a modelé la nature en fonction de ses besoins,
au lieu de s' adapter à elle et, en la détruisant hélas bien souvent.
« Dis maman, ça pousse où, les oranges ?
- Fais comme tout le monde, mon petit, regarde
en bas du frigo, dans le bac à fruits et légumes ! »
En ce mode de vie artificiel, l' homme a quelque peu perdu son âme.
Aussi, a-t- il besoin de retrouver des repères qui puissent le
ramener à une vie authentique. Il reste peu de lieux où la « civilisation
» n' a pas encore imposé sa loi. L' Île de Sein est l' un de ces
lieux. Aussi, ne vous étonnez pas si Didier Le Bihan a choisi d'y exercer
son art:
- Gagner sa vie… de manière à la perdre
?
- Ou vivre une vie dont la valeur n'a pas
de prix ?
L' artiste a choisi.
Si vous venez visiter son atelier, vous aurez le bonheur de rencontrer
un peintre de talent, ce qui n' est pas si courant ; mais vous aurez
aussi le privilège de voir évoluer un être authentique, libre, autonome,
heureux de vivre et de partager un moment avec vous. Il n'y a normalement
pas de gendarmes à l'Ile de Sein, hors période estivale nous n'
en avons pas besoin : sur une île aussi petite, chacun est obligé d'
apprendre à respecter l' autre en ses différences, sinon la vie serait
invivable. Vivre cet apprentissage est passionnant et l'Ile a toujours
rejeté quiconque s'y refuse. Il n'y a pas de voitures non plus, ni de
fils de fer barbelés pour délimiter les propriétés. L'Ile est petite,
mais on peut s'y promener en marchant droit devant soi pendant des heures,
à respirer l' air du large à pleins poumons, extasié de tant de beauté.
Oui, Didier est peintre de la lumière, et la lumière de l'Ile qu' il
aime, et où il a choisi de vivre une vie sans compromission, est superbe.
Mais surtout, le rencontrer est précieux. C' est avoir face à soi le
dernier des Mohicans, le premier astronaute qui mettra le pied sur Vénus
et la sagesse même qui sait goûter chaque moment présent avec délectation.
Car il est cela, tout à la fois.
Je vous le dis, ce gars-là, c'est de l' or, aussi il est bien naturel
que cela transparaisse en ses tableaux, d' où jaillit une belle
lumière dorée dont il a le secret.
Frère Abel TOUZET |
|
| |
PAR
: CHRISTIAN GOUX.
Le peintre de l'île
de sein
Venir
et revenir à Sein est toujours fascinant
A
Men Brial, l'avant port ou à la cale de la poste, on débarque
directement sur une terre plate, dunette d'un grand vaisseau de granit
immobile, en partie immergé sur douze milles de long. Il suffit
d'être monté au sommet du phare à marée basse
par très fort coefficient et par temps clair pour garder en mémoire
à jamais l'immense chaussée de pierres, tournée
vers l'Ouest, balayée par les vagues. Avec Ar Men et An Namouic
plantés en son milieu, elle fait partie de l'île, à
vrai dire elle en est l'essentiel comme elle le fut il y a des milliers
d'années.
Sur
cette avancée extrême de l'europe, elle-même presqu'île
de l'Asie habitent Senanes et Senans, peu nombreux, trois cents environ.
A l'arrivée et au départ de chaque bateau, certains sont
là, attendant des proches, repartant vers le continent ou tout
simplement regardant la mer, les bateaux et l'horizon. Parmi eux, souvent,
un homme, perché sur son vélo d'un autre age passe à
toute vitesse. C'esr Didier Le Bihan de l'Ecole flamande, le peintre
de lîle de Sein.
On
met peu de temps à se rendre compte que c'est un être d'exception,
au coeur gros comme ça, qui illumine par sa présence tout
ce qui l'entoure. C'est un véritable artiste ou plutôt
c'est bien plus que cela. Il peint comme devaient le faire longtemps
avant lui les hollandais du 17éme siècle, ses maîtres,
avec cette qualité de lumière dans ses tableaux qui rappelle
les plus grands de cette époque, mais on le sent et on le sait
capable de faire bien d'autre choses et de s'intéresser à
tout.
On peut se demander pourquoi seules les natures " mortes"
semblent avoir sa préférence. Pourquoi ni portait, ni
paysage. La réponse est simple :il ne veut pas aliéner
ne serait-ce qu'un pouce de sa liberté de créer ou d'agir.
Donc il n'aime pas travailler sur commande, pour un mécène
ou pour quiconque, il n'aime pas avoir une échéance pour
terminer un tableau enfin il n'aime pas peindre des paysages.
C'est
la réalité d'aujourd'hui. On rêve pourtant de ce
qui pourrait jaillir, dans son imagination si fertile - je pense à
Salvador Dali - si un jour dans son imaginaire, Sein, Senanes et Senans
lui apparaissaient sous un jour transposable par son pinceau. Et c'est
ainsi, nous voulons souvent que les désirs de ceux que nous estimons
rencontrent les nôtres ; mais alors ils ne seraient plus eux.Il
y a quelques années, venant à Sein pour la première
fois, je n'imaginais pas que, dans cette île à nulle autre
pareille, j'y rencontrerai aussi un très grand peintre auquel
je souhaitre un avenir à sa mesure.
Christian GOUX Professeur émérite à la Sorbonne |
|
|
LA
TECHNIQUE DE DIDIER LE BIHAN
La
technique de base pour Didier est celle de l'école Flamande qui
remonte au début du XV° siècle, avec la mise au point du procédé
à l'huile par Jean VAN EYCK, en 1410.
Didier enduit sa toile avec des craies ( plâtre, blanc de Meudon ).
Cet enduit va lui servir de fond blanc et apporter
la luminosité aux tons clairs. L'artiste atténuera ensuite cette luminosité
en superposant des couches successives et transparentes qu'on
appelle glacis. Dans cette technique, on évitera d'utiliser la
peinture blanche dans les mélanges (seulement
dans des cas bien précis,pour éteindre les couleurs).
Les couches ainsi ajoutées les unes aux autres, vont masquer l'enduit
à des degrés plus ou moins importants. Chacune des couches de glacis
s'effectue après un séchage qui peut varier de 3 mois à 1 an. Plusieurs
toiles sont mises en chantier au même moment. La peinture débute par
les tons les plus clairs; les ombres sont apportées ensuite pour accentuer
le contraste.
Dans sa palette Didier utilise 3 tubes de couleur , un jaune de cadmium,
un rouge japonais et un bleu d'outremer. Une terre d'ombre brûlée
est rajoutée pour les fonds, puis le noir de mars. Le blanc, (voir
ci-dessus) n'est utilisé qu'en tout dernier et seulement dans certaines
parties de la toile afin de créer des opaques où la lumière est filtrée.
Toute cette technique, Didier l'a parfaitement intégrée. Il peint
sans y penser et vous dira: « certaines personnes pensent que
la technique ce n'est pas si important, je leur réponds qu'on
peut peindre sans technique mais qu'on atteint vite ses limites créatives
car la technique vous libère et vous permet de créer sans contrainte
ni blocage. Lorsque je peins un objet, il n'est jamais devant
mes yeux. J'en ressens les contours, les ombres et les lumières; je
le vois mais sa présence physique ne peut être que néfaste à ma créativité.
Sa présence n'est requise que pour l'esquisse. Dessinez le sommairement,
sans ombre ni couleur; pour peindre plus besoin de lui. Qu'il
ne vous impose plus ses formes ni ses couleur, l'imagination et les
acquis feront le reste, c'est ça l'inspiration ! ».
Didier Le Bihan a trouvé sa façon de peindre, en associant techniques
ancienne et moderne il donne à ses oeuvres une luminosité particulière
qu'aucun écran d'ordinateur ne peut intégrer. |
|