Au ras de l'océan
Aplatie sur l'horizon comme une galette, l'île de Sein a l'air
d'un mirage et semble pouvoir disparaître sous les flots. Détrompez-vous,
cette île a du caractère et de la résistance !
Naviguer vers l'île de Sein offre un grand privilège
: longer les falaises du cap Sizun, voir la pointe du Raz depuis la
mer et doubler le phare de la Vieille où tanguent les «
lignards » d'Audierne venus taquiner le bar. Un spectacle qui
ne dispense pas d'affronter ensuite le clapot qui chahute toujours
cette zone considérée comme une des plus redoutables
de la côte bretonne.
La navette accoste au pied de Men Brial, le phare vert et blanc. Dès
que vous avez posé le pied sur cette terre étroite et
sans arbres, plate comme la main, le sentiment de débarquer
dans un endroit particulier est très fort. Une sorte de bout
du monde. Sur le quai des Paimpolais, la mode vient aux crépis
colorés, mais il reste quelques maisons blanches aux volets
bleus qui se serrent dans d'étroites ruelles que l'on dit suffisamment
larges pour laisser passer les barriques... Au cœur du village,
l'église a été construite avec du granit venu
du continent.
Vous irez marcher le long de la côte sauvage, aux rochers perclus
de légendes, et vous flânerez sur la lande raclée
par les vents, parfois submergée par les grandes marées.
Au pied du Grand Phare, la petite chapelle Saint-Corentin résiste
héroïquement aux éléments naturels. Mais
c'est d'un autre héroïsme dont les îliens sont le
plus fiers: en 1940, à l'appel du Général de
Gaulle, les Sénans sont partis pour l'Angleterre. Ils représentaient
le quart des volontaires de la France libre ! Le monument des Sénans
Libres commémore cet acte de patriotisme : devant la croix
de Lorraine, un marin que le temps a habillé de mousse jaune
se tient debout face à l'océan. Cette histoire est évoquée
dans l'ancien Abri du Marin. Ce musée d'histoire locale se
double d'un musée d'arts et traditions populaires. L'unique
occasion de voir, sur un mannequin, le costume et la coiffe de l'île,
que presque plus personne ne porte. L'ancien abri du canot de sauvetage,
tout à côté, évoque une récurrente
et douloureuse histoire de naufrages. Souvenirs et vestiges y sont
conservés dans des vitrines. Dans l'entrée du musée
sont alignés les bottes et les cirés des huit bénévoles
toujours prêts à prendre la mer en cas de besoin.